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Lamartine

Chambre de Lamartine

La «reconstitution» de la chambre que Lamartine occupa lors de ses séjours aixois de 1816 à 1830 est une simple suggestion. Les meubles proviennent tous de la Pension Perrier où descendit le poète et qui se trouvait à l’emplacement des Thermes actuels. Elle fut démolie vers 1930, à l’occasion de la construction de ceux-ci.


Le lit de Lamartine ainsi qu’une bonne partie du mobilier sont de style Empire Savoyard. Ils sont en bon état de conservation.


Tous les objets et documents se trouvant sous vitrine évoquent le souvenir de Lamartine. Cette collection a été constituée par des achats, dons et apports assez disparates.


A remarquer essentiellement : deux petites gravures encadrées de noir, l’une représentant Lamartine, l’autre Julie Charles, c’est à dire Elvire, dont c’est là un des rares portraits.


Le poète est par contre plus présent dans cette salle. Sa plus fidèle représentation est sans aucun doute le buste de plâtre patiné, œuvre de David d’Angers, qui fut légué à la ville d’Aix-les-Bains par le fils de l’artiste. Une copie en bronze de ce buste se trouve Place de la Mairie, à Tresserve, face au lac. La statuette en terre cuite de Lamartine en pied est l’œuvre du sculpteur Emile Boisseau (1842-1923) et a servi de modèle au grand bronze inauguré en décembre 1990 dans le Parc des Thermes, à l’occasion du bicentenaire de la naissance du poète.


Biographie de Lamartine

De 1816 à 1830, Lamartine (1790-1869) a séjourné huit fois à Aix-les-Bains.


C’est au cours de son premier séjour, du 6 au 26 octobre 1816, à la Pension Perrier, qu’il rencontre la passion. Elle se nomme Julie Charles, de six ans son aînée, épouse de l’illustre physicien Jacques Charles. Julie est logée dans la chambre qui jouxte celle de Lamartine. Le 10 octobre 1816 celui-ci la sauve d’un naufrage au cours d’une tempête sur le lac du Bourget. Il écrira : «j’ai sauvé avant hier une jeune femme qui se noyait, elle remplit aujourd’hui mes jours». Ensemble, ils parcourent les sites du Bourget. Puis ils se séparent et se reverront à Paris.


 
Du 21 août au 17 septembre 1817, Lamartine séjourne à la Pension Perrier. Julie est très malade et ne peut le rejoindre. C’est au cours de ce séjour qu’il compose «Le Lac», à l’intention de la chère absente. Dans ce poème, il donne à Julie le nom d’Elvire. Il emprunte ce prénom générique à Parny, poète mondain de l’époque. Lamartine le donne régulièrement à l’être aimé. Julie meurt le 18 décembre 1817. La douleur de Lamartine est terrible.


Ainsi, Julie reste «l’inspiratrice incomparable du poète». «Lamartine n’est devenu Lamartine qu’après sa rencontre avec Julie» comme le disait l’Académicien René Doumic.


Il se console et retourne à Aix-les-Bains du 30 juillet au 24 août 1819, à la Pension Perrier, où il rencontre sa future épouse Mary-Ann, d’origine britannique.


A Paris, en 1820, les Méditations Poétiques triomphent.


Lamartine séjourne à Aix-les-Bains du 15 avril au 15 juin 1820 à la Pension J.J. Perret. Il se marie à Chambéry avec Mary-Ann puis part pour l’Italie.


Il est de retour à Aix-les-Bains de juin au 17 septembre 1821, à la Villa Chevalley avec son épouse et son fils.


En 1822, il ne vient pas à Aix mais il a une fille Julia. Son prénom est un hommage à Julie Charles.

Son sixième séjour a lieu aux mois de juillet et août 1823, à la Pension J.J. Perret. Il y retourne ensuite du 1er juin à la fin août 1825. Puis il part à Florence où il est nommé Ambassadeur extraordinaire chargé d’affaires.


 
Son dernier séjour se déroule du 2 juillet au 2 septembre 1830, à la Pension J.J. Perret.
En décembre 1832, il perd sa fille Julia. Il utilise alors la douleur pour se lancer dans une autre direction, la politique. Carrière qu’il achève en 1848.


C’est à partir de 1925 qu’un hommage est rendu à Lamartine. Il est statufié sur un socle de rocher et de béton par Mars Vallet, dans la propriété de Châtillon. En 1927, la stèle de marbre rose du sculpteur Carle est installée au nord de la colline de Tresserve, là où Lamartine aurait reçu l’inspiration du «Lac». En 1962 est inauguré le buste du poète devant la mairie de Tresserve. En 1990, la Ville d'Aix-les-Bains lui érige une statue en bronze de Livio Benedetti dans le parc floral des Thermes.

«Le Lac» (Méditations XIII)

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges,
Jeter l’ancre un seul jour ?
O lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Un soir, t’en souvient-il ? Nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux
Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos :
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :
« O temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez les heureux.
Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : sois plus lente ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.
Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?
Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !
Eternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?
O lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !